lundi 28 mars 2011

Y-a-t'il des risques inacceptables?

Est-il acceptable de ne pas assurer ma maison?
Comme le temps passe! C'est la bonne saison pour effectuer des plantations et comme je suis en plein "reengineering" de mon jardin, je n'ai point écrit depuis quelque temps. Et je ne parle même pas de la difficulté à taper sur un clavier d'ordinateur avec des mains calleuses !

Je voudrais rebondir sur l'actualité et évoquer la notion de risque "inacceptable". Notre prochain billet traitera plus spécifiquement du lien entre actions de simplification et gestion des risques.
L'actualité récente au Japon nous a plongé au coeur des discussions sur la gestion des risques
  • D'une part avec les risques d'origine naturelle, tremblement de terre et tsunami que on "est condamné" à accepter car on ne sait pas les prévenir. Tout ce que on peut faire c'est mettre en place des mesures pour en atténuer les conséquences (Construction anti-sismiques, sensibilisation et formation des habitants, dispositif d'alerte en cas de tsunami, mise en place plans d'urgence et de secours ...). On pourrait imaginer aussi de construire toutes les habitations à au minimum 10 mètres au dessus du niveau de la mer. mais cela serait sans doute difficile à réaliser pour une nation très peuplée et avec peu de territoire habitable.  
  • D'autre part les risques d'origine humaine - mais dont le déclencheur peut être un phénomène naturel- tels que les incidents à la centrale de Fukushima. La centrale a bien résisté au tremblement de terre et les dispositifs de sécurité ont bien permis de l'arrêter en sécurité mais la digue conçue pour se protéger des tsunamis ne faisait que 5 à 6 mètres pour une vague de 10 mètres. Nous pouvons tirer au moins 3 enseignements de cet accident
    • L'importance de la pertinence et fiabilité des hypothèses utilisées pour élaborer et mettre en place des contrôles pour prévenir les risques ou réduire leur impact. Le design de la digue avait été calculé sur un tremblement de terre d'environ 7.5 sur l'échelle de Richter et un tsunami d'une hauteur de 6 mètres qui était supposé être le maximum atteignable dans cette zone. On a vu ce qui s'est passé pour un tremblement de terre de 9.0 sur l'échelle de Richter et un tsunami de 10 mètres. Si on est pas sûr de la fiabilité des hypothèses utilisées, il est recommandé d'incorporer des marges de sécurité dans la conception des contrôles. L'épaisseur de métal des équipements utilisés dans l'industrie pétrolières est ainsi calculée à partir de l'épaisseur nécessaire pour résister à la pression dans le récipient plus une épaisseur calculée à partir de la vitesse de corrosion estimée plus une marge de sécurité car cette vitesse de corrosion peut être affectée par de nombreux facteurs.  
    • Je n'ai pas d'information particulière sur l'efficacité des contrôles qui étaient en place dans la centrale de Fukushima mais en règle générale il faut toujours s'assurer que tous les contrôles en place sont en état de marche et opérationnels. Cela peut être faits par des tests, des audits, des exercices, de la maintenance préventive, de la formation, etc. Nous reviendrons sur ce point dans un prochain billet consacré aux audits.
    • Enfin n'oublions pas la Loi de Murphy!: si quelque chose peut arriver, cela arrivera. Même si la probabilité d'occurrence est très faible, le risque peut se matérialiser. Il n'y a pas de risque zéro. Face à cette "certitude",
        - soit j'accepte l'idée que cela arrivera et je m'organise pour traiter et minimiser les conséquences,
        - soit je juge l'occurrence du risque inacceptable et je n'ai pas d'autre alternative que d'arrêter les activités qui sont à l'origine du risque (du moins si j'ai un moyen pratique de le faire). J'ai déjà évoqué dans un billet précédent l'exemple de ma société qui a vendu une activité profitable mais marginale parce que le type d'activité faite par cette société faisait courir un risque jugé démesuré à l'ensemble des activités. Pour en revenir aux centrales nucléaires, le principal risque est une fusion du coeur du réacteur: ce risque se matérialisera (un jour!). Si on n'accepte pas l'idée d'un tel événement, quel que soit sa (faible) probabilité, il faut arrêter les réacteurs et sortir de l'énergie nucléaire: il n'y a pas d'autre choix. C'est tout le débat entre partisans et adversaires de l'énergie nucléaire. Ces premiers trouvent acceptable le risque au vu des avantages de la filière nucléaire alors que les autres jugent inacceptable l'idée même de faire courir un risque de fusion nucléaire quels que soient les avantages et quelles que soient les probabilités d'occurrence. Insistons sur le fait que l'acceptabilité ou non acceptabilité d'un risque dépend d'un jugement. Des situations identiques peuvent résulter en des décisions différentes en fonction de "l'appétit pour le risque" et du jugement des décideurs. 
Au titre d'une Entreprise ou à titre personnel, nous retrouvons aussi cette notion de risque jugé "inacceptable" dans la stratégie vis à vis des assurances. Si un bien représente une proportion importante du patrimoine, il doit être assuré quel que soit la probabilité. C'est le cas de la plupart d'entre nous: notre habitation principale représente la majorité de notre patrimoine et nous l'assurons car le risque, même faible, de destruction totale est inacceptable. Par contre, un "millionnaire" qui possède 15 maisons répartis autour du Monde peut envisager de ne pas les assurer et d"assurer lui même les coûts d'un éventuel sinistre: le niveau de risque pour lui est acceptable.

Sur cette image d'une quinzaine de maisons réparties dans des îles paradisiaques, je vais vous laisser réfléchir aux risques que vous prenez quand vous ne lisez pas mon blog. Vous pouvez retourner vaquer à vos activités habituelles. Ciao, bonsoir.


P.S.1: Savez vous quelle fut la hauteur de la plus haute vague jamais vue à l'occasion d'un tsunami? J'ai appris que c'était celle du tsunami qui a balayé Unimak aux îles Aléoutiennes le 1er Avril 1946(ces îles sont heureusement presque désertes) et qui devait faire 46 mètres (puisqu'elles a déposé des troncs d'arbre qui ne poussent pas localement au sommet d'une falaise de 42 mètres!). Aurait-il été raisonnable de construire une digue de 46 mètres de haut en se basant sur ce scénario du pire.? Certainement pas sinon on ne pourrait plus rien entreprendre. Quel aurait donc été la bonne hauteur à laquelle construire la digue? C'est l'art subtil du manager de savoir répondre à ce type de question!

P.S.2: Originellement j'avais écrit "Pour satisfaire ma curiosité personnelle, j'aimerais néanmoins savoir si le scénario d'une panne du système de refroidissement avait été prévue lors de la définition des contrôles mis en place à Fukushima. Pourquoi n'a-t'il pas été possible de faire marcher un circuit de refroidissement de secours malgré la destruction de l'alimentation électrique des pompes?". Depuis j'ai appris que le centrale possédait effectivement des pompes diesel de secours mais qu'elles avaient été endommagées par le tsunami (!). C'est une règle de base que quand on met un contrôle en place et un deuxième contrôle en secours "au cas où le premier ne fonctionne pas", les deux contrôles ne doivent pas pouvoir être rendus inopérants par une cause commune. Dans ce cas le contrôle principal, les pompes électriques, et le secours, les pompes diesel, ont été rendus inopérants par la cause commune de la vague du tsunami. Comme dit auparavant, dans les études de risque, le scénario d'une vague de 10 mètres de haut n'avait pas été envisagée et donc cette cause commune n'avait donc sans doute pas imaginée.

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