dimanche 19 août 2012

Créativité, innovation, optimisation et décision: du bon usage de la diversité et du collectif. (2/2)



Un coin de fraîcheur et de sérénité
propice à la créativité et génération d'idées
 Je rentre de 3 semaines de vacances. A la recherche d'idées, je parcours les billets déjà publiés. Et je réalise que j'ai oublié d'écrire un billet que je vous avais promis sous une semaine et qui faisait suite à un article publié en avril! Je corrige donc immédiatement cet oubli.
Ce billet est le second de deux consacrés au "bon usage de la diversité et du collectif". Le premier billet s'est surtout intéressé aux caractéristiques que devaient avoir un groupe d'individus (une "foule") pour pouvoir prendre collectivement des décisions "sages et sensées".
Une des conclusions du premier billet était que la sagesse des foules, très efficace pour les problèmes d'optimisation, ne donne pas de bons résultats pour les problèmes qui demandent de la créativité et de l'innovation.
Le présent billet examine comment ce constat s'accorde avec le fait que beaucoup de méthodes de créativité sont des méthodes collectives.

L'humour étant, je trouve, un des catalyseurs de la créativité, je voudrais auparavant partager avec vous un des dessins publiés quotidiennement sur le site de Scott Adams, le génial observateur du management et de la vie en Entreprise et le créateur de Dilbert, Dilbert and brainstorming.

Je traduis:
Dans une salle de réunion sont assis le "pointy haired boss" (le stéréotype du manager incompétent), Wally, toujours une tasse de café à la main et un génie pour trouver des excuses pour ne pas travailler et Dilbert, notre héros, ingénieur plein de bon sens et qui pourrait être brillant si ce n'était pour son environnement de travail qui l'a rendu cynique.
Le boss: "Faisons un remue-méninges (brainstorming) pour trouver des idées de nouveaux produits"
Le boss: "Je vous rappelle que le plus importante règle d'un brainstorming est de ne pas critiquer"
Dilbert: "Je démarre le premier"
Dilbert; "Les recherches montrent que le brainstorming est un processus moins efficace que de faire travailler les personnes dans leur coin et ensuite seulement de comparer leurs idées"
Dilbert: "Mon idée est d'utiliser la technologie des cellules souches pour concevoir des chefs qui ne soient pas de gros ignares"
Dilbert, ajoutant à la vue du visage du boss qui exprime mécontentement et colère: "Rappelez vous, vous ne devez pas critiquer les idées..."
Dilbert, poursuivant: "..mais si vous décidez de critiquer cela, en quelque sorte, illustre ce que je viens de dire"
Dilbert, sortant de la salle de réunion, aussi une tasse de café à la main et parlant à Wally: "Je comprends pourquoi le brainstorming n'a pas une bonne réputation mais cela ne m'empêche pas de trouver un grand plaisir à y participer"
Fin de l'histoire. Le rideau tombe et tout est dit!

Dilbert a partiellement raison. Les idées sont issues du cerveau d'un individu, elles ne sont pas générées par le groupe lui même. Alors quel est l'intérêt de pratiquer la créativité en groupe comme cela peut être fait dans un brainstorming?
  • L'environnement de travail en équipe stimule le cerveau et lui permet d'être beaucoup plus créatif et parfois même de "délirer", de sortir de sa boîte ("out of the box"). N'avez vous pas noté ce phénomène? Vous sortez d'une réunion un peu morne et ennuyeuse et vous allez déjeuner avec les autres participants à la réunion. Pendant le déjeuner, un moment de "loisir" décontracté, la conversation peut devenir vive et animée, et plus d'idées peuvent être générées sur le sujet en cours que pendant la réunion. Pour booster la créativité individuelle il faut essayer de créer cette atmosphère décontractée et stimulante: Wally a raison de venir à un brainstorming avec sa tasse de café. Ne pas critiquer participe aussi à créer cette atmosphère. 
  • Dans les sessions de créativité en groupe, il y a en général un animateur nommé qui observe et facilite le processus et encourage la création d'idées. Le cerveau laissé à lui-même est souvent paresseux; il se contenterait souvent de générer 2 ou 3 idées banales avant de vouloir passer à autre chose. Poussé par l'animateur et émulé par les participants, le cerveau va devenir beaucoup plus productif et créatif. Je me souviens d'un animateur pendant une session de formation à l'analyse de la valeur, qui, un quart d'heure seulement avant l'heure planifié du déjeuner nous a informé que nous n'irions déjeuner que quand nous aurions généré 50 idées sur les ré utilisations possibles des bouteilles en plastiques vides. Nous avons pu aller déjeuner à l'heure!
  • Il va de soi que pour stimuler, par la dynamique de groupe, l'émergence d'idées individuelles, il faut favoriser les interactions entre individus. En écrivant ceci, je réalise que un procédé parfois employé lors des brainstormings est d'avoir chacun écrire dans son coin ses idées puis ensuite seulement de les combiner, donc exactement le processus décrit par Dilbert. je viens de réaliser que ce procédé n'est sans doute pas le plus efficace car il limite les interactions avec les autres participants lors de la phase critique de génération des premières idées.  
Une fois les idées individuelles générées et regroupées comment peut-on utiliser la force du collectif pour améliorer ces idées et les rendre plus robustes et attractives?
  • Chacun/Le groupe peut examiner les idées individuelles, identifier ce qui ne plaît pas dans l'idée et proposer des modifications pour la rendre plus "sympathique".
  • Chacun/Le groupe peut identifier les éléments force de chaque idée et proposer des moyens de les renforcer encore
  • Chacun/Le groupe peut identifier les faiblesses perçues de chaque idée et proposer aussitôt un moyen de réduire ou éliminer cette faiblesse. La traduction à ce niveau de la règle "pas de critique" est de ne pas "critiquer" sans aussitôt trouver un moyen de réduire à néant le facteur faisant l'objet de la  critique. 
  • Chacun/Le groupe peut proposer de combiner plusieurs idées pour en faire "l"idée du siècle" 
  • Etc.
La liste des idées ainsi optimisées est soumise aux décideurs qui sélectionneront lesquelles ils souhaitent mettre en oeuvre. Surtout ne pas essayer de forcer un choix (voir un consensus) par les participants parmi toutes les idées. Cela aboutirait sans doute à sélectionner les idées et solutions les plus banales et souvent médiocres, celles qui induisent le moins de changement. 

Au sortir du brainstorming chacun des participants aura le sentiment d'avoir contribué à construire collectivement une liste d'idées à l'origine individuelle. Ainsi chacun devrait accepter le choix des décideurs sans frustration excessive même si ce n'est pas leur "chouchou" qui est sélectionné par les décideurs.

Pour aller plus loin sur le sujet de la créativité et le brainstorming, une méthode de mise en oeuvre d'un brainstorming a été décrite dans le billet créativité, innovation, isoler les grandes gueules, etc.     

Pour bénéficier de toute la "sagesse" de Dilbert et voir les méthodes de management et la vie en Entreprise sous un autre point de vue, je ne peux que vous recommander l'un des premiers billets de ce blog Dilbert Chef de projet (Et si vous pratiquez beaucoup Dilbert, je suis persuadé que vous vous perfectionnerez dans la génération d'idées "out off the boss". Je dois admettre que je suis assez satisfait de ce calembour qui, non seulement est digne du fameux almanach VERMOT mais en plus, exprime parfaitement comment utiliser au mieux les situations décrites dans Dilbert: il faut prendre systématiquement le contre pied du style de management du "boss").

Sur ce, j'ai le regret de vous quitter jusqu'au prochain épisode. Vous pouvez arrêter la lecture de ce blog et reprendre une activité normale. Ciao, bonsoir.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire