mercredi 5 décembre 2012

Des méthodes d'accompagnement du Changement aussi en Politique? Chiche!

"Il faut réduire les dépenses et les coûts!
En quelle langue faut-il vous le dire?"
Une méthode d'accompagnement du changement alternative ?
Aujourd'hui, un petit exercice pratique sur l'accompagnement du changement en Politique. Si vous étiez premier ministre, comment procéderiez-vous pour faire réduire les dépenses et les ressources des administrations et autres collectivités?

Je lis régulièrement les billets du blog de Christophe Faurie, blog changement, dans lequel il partage, entre autres, sa grande expérience de l'accompagnement du changement . Un de ses récents billets commente un article de la Tribune consacré à la méthode que souhaite appliquer notre premier ministre pour réduire les coûts et les effectifs de la fonction publique et des collectivités locales dans le cadre de la MAP, modernisation de l'action publique. Article Tribune.

La méthode proposée diffère de la RGPP, Révision générale des Politiques Publiques, de son prédécesseur dont le périmètre était moins large et l'approche plus autoritaire. Pour la réduction des effectifs la règle très simple était de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite.

Voici ce qu'écrit Christophe Faurie "Pour une fois, le gouvernement paraît proche de mes idées. Alors que M.Sarkozy semble avoir voulu passer en force, mais sans s’attaquer aux bastions les plus sauvagement défendus, M.Hollande désirerait écouter le petit peuple, accompagner le changement, et ratisser large (collectivités locales et organismes sociaux)".

Dans le billet d'aujourd'hui je me propose de partager avec vous quelques réflexions sur ces changements et les deux méthodes appliquées.

1. Voyons les avantages et inconvénients de la méthode appliquée dans le cadre du RGPP, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite
Elle a le mérite d'être rapide à définir, simple à mettre en oeuvre et le résultat plus ou moins garanti.
Par contre, autoritaire et brutale, elle est peu susceptible d'emporter l'adhésion mais - dans ce cas- a-t-on réellement besoin d'adhésion pour mettre en place et faire fonctionner ensuite?
Par ailleurs, la règle est la même pour tous et s'applique mécaniquement quels que soient les besoins des parties prenantes ou la valeur des services fournis par les ressources déployées. En plus le calendrier de mise en oeuvre est complètement lié à la pyramide des âges.
Le résultat final est donc arbitraire, n'est pas optimum et s'applique à un périmètre limité ce qui peut accentuer un sentiment perçu d'inéquité.

2. La méthode souhaitée pour mise en place de la MAP, à l'inverse, contient beaucoup de bonnes pratiques couramment associées à l'accompagnement du changement: implication des parties prenantes, méthodes organisées d'accompagnement et toutes les activités incluses dans le périmètre d'action.
Le résultat final, si le processus se passe bien, peut être plus proche de l'optimum et générer moins de regrets et plus de valeur. On peut en effet imaginer en fonction de la valeur, pour le public; du service fourni que certaines organisation pourrait être réduite de 80%, les élements de "confort" par exemple, alors que d'autres services verraient une réduction de "seulement" 10% par exemple ou même une augmentation des ressources. Par ailleurs, le calendrier de mise en oeuvre pourrait être ajusté au mieux.

Mais ne nous cachons pas les difficultés de cette méthode

  • Pourquoi faut-il changer? Quels sont les objectifs?
    Un des premiers éléments dans une démarche d'accompagnement du changement est d'être capable d'expliquer pourquoi il faut changer et pourquoi, on a décidé de lancer le MAP.
    Sur la nécessité de réduire le déficit, je pense qu'une majorité est d'accord...quoiqu'il doit bien y avoir des partisans de la planche à billet et de l'annulation des dettes.
    Mais sur les moyens, je pense qu'il y a une forte minorité active qui pense que pour réduire le déficit il faut seulement augmenter les impôts, taxer les entreprises, confisquer les avoirs des riches,....
    Il y a encore des efforts à faire pour convaincre plus de personnes que réduire les dépenses et les ressources de l'état et des collectivités est aussi un passage obligé parmi d'autres.
    Et en plus, même parmi ceux qui sont d'accord avec l'objectif de réduction des dépenses et des ressources, la plupart doivent penser que cette réduction doit se faire chez les autres, pas chez eux!
     
  • Avec qui discuter? Qui sont les parties prenantes?      Pour définir les variations de coûts et de ressources de chacun des services fournis, il faut trouver des parties prenantes qui acceptent de discuter et de s'impliquer.
    Et qui sont ces parties prenantes? Ce devrait être ceux qui bénéficient des biens et services fournis par par l'administration, par les collectivités locales et par les organismes sociaux - c'est à dire chacun de nous (le contribuable) car nous sommes les vrais "clients" de ces services: c'est nous qui utilisons les biens et services fournis et c'est nous qui payons pour ces services via les divers budgets et impôts et taxes.
    Qui peut discuter au nom des contribuables? La classe politique qui est normalement élue pour représenter la collectivité et parler en son nom? Des collectifs d'usagers quand ils existent? Autres?
      
  • Comment obtenir l'implication du personnel?    Quel doit être le rôle des personnes employées par l'administration, les collectivités locales et les organismes sociaux?
    Exactement celui du personnel d'une Entreprise privée qui doit réduire ses coûts sous peine de perdre ses clients et, peut être, mettre la clé sous la porte.
    Sauf que dans le cas de la MAP, les clients sont plus ou moins captifs, ils doivent payer. Et il n'y a pas de vrai risque pour l'administration de "mettre la clé sous la porte". Alors quels éléments de motivation peut-on trouver pour obtenir l'implication du personnel des administrations et autres collectivités dans la définition et application de la MAP?.
    On a besoin de leur connaissance du fonctionnement interne si on veut définir des solutions efficaces et efficientes. Quels éléments de motivation peut-on trouver?
    ,                               
  • Et quelle est l'influence de l'environnement organisationnel et de la culture ?    En caricaturant un peu, on pourrait dire que
      - le mode de management habituel en France est basé sur la hiérarchie et l'autorité
      - et chacun se méfie des autres (La France est quasiment champion mondial de la défiance envers les autres)
    Dans un tel contexte, vouloir discuter et se mettre d'accord avec d'autres, collaborer et définir ensemble des solutions acceptables relève de la haute voltige. 
En conclusion je dirais que
  • L'approche RGPP, en bref l'approche Sarkozy, était peu ambitieuse mais pragmatique, et garantissait un résultat, certe peu glorieux, mais quasi certain
  • L'approche MAP en bref l'approche souhaitée par Hollande/Ayrault se veut beaucoup plus consensuelle, vise des résultats plus ambitieux et sans doute plus efficaces mais sera d'une extrême difficulté à organiser et faire vivre et l'atteinte de résultats semble bien incertaine
Et si c'était vous qui aviez à mener le grand changement de la réduction des dépenses et des ressources, comment procéderiez-vous?

Voila ce sera tout pour aujourd'hui. Vous pouvez arrêter la lecture de ce blog et reprendre vos activité habituelles. Ciao, bonsoir.

P.S.: A titre personnel, je pense que des améliorations marginales des organisations et des systèmes en place, telles qu'envisagées par la RGPP ou la MAP, ne peuvent pas résulter en une réduction majeure des dépenses et ressources, sinon avec un impact fortement négatif sur les biens et services fournis par l'administration et les collectivités. Et en tant qu'habitant ce beau pays, je ne souhaite pas une telle dégradation.
Je pense que nous sommes dans un cas de figure où il faudrait passer par une remise en cause complète, une reconfiguration des divers niveaux politiques et administratifs en place et de leurs responsabilités respectives. Réduire le nombre de communes, réduire un niveau ou deux entre l'état, les régions, les départements, les communautés de communes et les communes, rationaliser les responsabilités, etc....  C'est ce qu'en langage de management on appelle du re engineering.
Beau chantier en perspective et grandes qualités d'accompagnement du changement requises pour le mettre en place!


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