vendredi 15 mai 2015

La réforme des collèges et des programmes du collège examinées avec une perspective de conduite du changement (Première partie)

Une salle de classe vue au musée de la miniature à Lyon
La réforme proposée des programmes scolaires fait l'objet d'intenses commentaires de la part d'une grande variété de représentants de la société civile. Dans ce billet je ne porterai pas de jugement sur le fond, sur le contenu des nouveaux programmes proposés : c'est un domaine où je n'ai pas de compétences particulière. En revanche je vous propose d'examiner ce projet avec une perspectives de conduite du changement. Comment se situe ce projet et la manière dont il a été promu vis à vis des bonnes pratiques de conduite du changement, pratiques que j'ai eu maintes fois l'occasion d'aborder dans ce blog.


Ce billet un peu long sera publié en deux parties.

Les objectifs de la réforme des programmes scolaires (pour autant que j'ai bien compris ce qui a pu être écrit sur le sujet) sont
 - de réduire la proportion d'élèves laissés sur le bord du chemin et le nombre de décrocheurs scolaires
 - d'éviter ou limiter l'ennui qu'apparemment ressentent beaucoup d'élèves au collège et qui serait une des causes principales de l'échec scolaire.

A noter que le projet présenté semble "pollué" par au moins deux postures idéologiques qui n'ont que peu de rapport avec les objectifs visés : la réduction de l'élitisme et le renforcement de la "repentance collective" pour toutes les "mauvaises actions" faits au nom de l'état (Quoique pour être objectif je n'ai rien vu dans les programmes sur la croisade des albigeois au XIIIéme siècle - l'éradication des cathares - ni sur la persécution des huguenots au XVIIème siècle, actions qui mériteraient certainement? des actes de contritions et de repentance officielles).

Les éléments principaux inclus dans les programmes scolaires revues
1. Les interdisciplines
2. L'histoire avec matières obligatoires et matières facultatives
2. Suppression ou modifications profondes des classes bilingues et de l'enseignement du latin et du grec
4. Le support "personnalisé et individuel" mais organisé en collectif

Je pense que l'interprétation qui est faite de l'élitisme est fausse : le principe des zones scolaires par exemple est élitiste car cela détermine l'affectation des élèves dans des établissements de niveaux variés par l'intermédiaire du lieu d'habitation et donc indirectement en fonction du coût de l'immobilier et des classes sociales. Par contre Les classes bilingues et l'enseignement du latin et du grec ne sont pas élitistes si chacun - dans la limite de ses capacités - peut les suivre.  Mais pour cela encore faudrait-il proposer ces filières à ceux qui le peuvent mais qui n'y seront pas forcément orientés ou encouragés par leur milieu social et familial. Et l'orientation et l'offre des divers choix possibles devraient être partie intégrante de l'école primaire.

Interdisciplines : ces sont des sujets regroupant plusieurs matières et plusieurs professeurs.
C'est la grande  nouveauté pour décloisonner les diverses matières, rendre plus dynamique les enseignements et mieux montrer l'utilité et l'application pratique des matières enseignées. Le but est de mettre en place des créneaux d'enseignement plus attractifs et dynamiques afin de plus interesser les élèves et ainsi limiter l'ennui.
Cela paraît difficile à mettre en œuvre....Soit cela ne fonctionnera pas et cela ne servira à rien. Soit cela fonctionnera et les autres cours traditionnels à coté paraîtront encore plus ennuyeux.
Si je me réfère à mes souvenirs d'élève souvent saisi d'ennui au collège et au lycée, un grand progrès serait fait pour limiter l'ennui en appliquant des méthodes d'enseignement actives et non passives. D'ailleurs tous les exemples réussis d'interdiscipline déjà réalisés et décrits dans les medias sont des réalisations qui engageaient l'implication et la participation active des élèves.
Alors pourquoi ne pas utiliser toujours des méthodes actives ? (La France est un des rares pays où les élèves passent plus de 70% de leur temps à prendre des notes. Comment  ne pas s'ennuyer en prenant des notes - ou en n'en prenant pas et en bayant aux corneilles en attendant que cela passe !).
Dans ce domaine on peut aussi se demander pourquoi on n'applique pas les méthodes pédagogiques généralement appliquées avec succès dans la plupart des pays Européens. Qu'avons nous de si spécial qui nous empêcherait de bénéficier de l'expérience des autres ?

Les sujets à traiter en histoire sont redéfinis : certains sujets ne seront plus du tout proposés d'autres sont proposés à titre facultatif. Le siècle des lumières est dans ce cas, ce qui parait absurde car c'est le  principe fondateur en particulier de la tolérance et du vivre ensemble domaines où l'école est supposée être très active. Cette absence donne au projet une impression de manque de cohérence globale.

Par ailleurs l'utilisation de jargon contribue à décrédibiliser l'ensemble du projet - cela a été abondamment discuté dans les medias et je ne citerai que pour mémoire par exemple un ballon qui est maintenant un référentiel bondissant et le fait que je ne suis peut être plus un parent d'élève, mais un géniteur d'apprenants.  (Noter d'ailleurs que cette expression formellement exclut tous les parents d'enfants adoptés car ils ne sont pas géniteurs !)
Une règle en communication est que tout texte destiné à une grande diffusion doit pouvoir être compris par chacun. ( La réforme a-t'elle déjà fait disparaître Boileau Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément)

Le projet a été préparé par un groupe et "balancé" dans le public sans tests préalables. Donc même si la position officielle est que ce n'est qu'un projet qui peut être amendé, l'ensemble donne l'impression d'être mis devant le fait accompli et que les "carottes sont cuites".

Des maladresses évidentes de communication.
Je ne citerai que les deux plus marquantes d'un point de vue accompagnement du changement
- la ministre qui traite de pseudo intellectuels ceux qui expriment des réserves ou des oppositions par rapport au projet
- le président venant à son secours qui dit que dans tous projets ou réformes, il y a toujours ceux qui sont partisans de l'immobilisme (C'est sans doute vrai mais nous savons que la plupart des résistances au changement ont pour origine plutôt les méthodes appliquées pour la conduite du changement que des caractéristiques qui seraient propres à certains individus ou certaines populations)

Un manque de pédagogie et d'explication dans la présentation du projet : le fait que l'enseignement de l'Islam soit une matière obligatoire en en 5ème alors que le Christianisme est seulement facultatif a fait couler beaucoup d'encre ! Mais par ailleurs le Christianisme et le Judaïsme sont des matières obligatoires en 6ème !.
Y-a-t'il un juste équilibre entre toutes les religions, je ne peux juger, mais un peu plus d'explication sur le contenu du projet aurait été le bien venu. J'ai cru lire qu'il fallait considérer des cycles de 3 ans (CP, CE1, CE2 un cycle, CM1 avec CM2 et 6ème forment un deuxième cycle et 5ème à 3ème un troisième cycle) : si c'est le cas, il ne faut plus considérer les programmes année par année mais sur l'ensemble de la durée d'enseignement. Je n'ai jamais entendu la ministre ou ses représentants clarifier formellement ce point.

Il y a sans doute aussi une maladresse en ayant défini des matières obligatoires et d'autres facultatives : cela laisse la porte ouverte à toutes les interprétations sur des différences de traitement suivant l'humeur du corps professoral et le lieu d'enseignement. Une présentation d'options parmi des matières non obligatoire aurait sans doute été préférable.

En tant que praticien de la conduite du changement, quel est mon diagnostic sur les chances de succès de la mise en place de ce projet ? C'est ce que vous saurez en lisant la deuxième partie de ce billet à paraître dans les jours à venir.  

Voila ce sera tout pour aujourd'hui. Vous pouvez stopper la lecture de ce blog et reprendre une activité normale. Ciao, bonsoir.






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